Pour la première fois, l’organisme créé par l’Iran pour contrôler les traversées du détroit d’Ormuz a adressé un avertissement à une seule compagnie maritime nommément désignée, a rapporté The Maritime Executive. Il s’agit de Sinokor, et l’autorité affirme qu’au moins sept de ses navires ont déjà fait l’objet de mesures. Selon The Maritime Executive, ces navires ont été attaqués alors qu’ils traversaient par le chenal sud.
La suite reste indéfinie. L’autorité iranienne du détroit du golfe Persique a donné une date de début, le 1er novembre, et les mots « poursuites judiciaires », et guère plus : ni juridiction, ni sanction, ni déclaration indiquant que le passage sera bloqué.
Chiffres clés
- Près de 40 % du brut sorti du détroit d’Ormuz le mois dernier a été transporté par des navires de Sinokor, soit plus que les trois armateurs suivants réunis, a rapporté Bloomberg, citant des sociétés de renseignement et des bases de données maritimes
- Au moins 7 navires de Sinokor ont déjà fait l’objet de ce que l’autorité a qualifié de mesures d’exécution, selon ses propres dires
- 125 navires figurent sur la dernière version publiée de la liste des navires non conformes de l’autorité, contre 45 pétroliers nommés en août
- 138 navires commerciaux déroutés par les forces américaines au 17 octobre dans le cadre du blocus américain du transport maritime lié à l’Iran, selon le Commandement central des États-Unis
Un seul armateur transporte une large part du brut du Golfe
Sinokor, basé en Corée du Sud, a passé l’année à acheter des navires. Veson Nautical recense plus de 70 pétroliers de brut acquis en 2026, portant la flotte en propriété à 80 à 90 navires, auxquels s’ajoutent de nombreux autres affrétés, a rapporté The Maritime Executive, ajoutant que ces achats auraient été financés par MSC Mediterranean Shipping Company.
Une grande partie de ce tonnage assure des navettes : le transport du brut depuis les terminaux du golfe Persique vers des pétroliers qui attendent dans le golfe d’Oman. Selon des chiffres de Lloyd’s List Intelligence cités par le même média, environ la moitié de tous les pétroliers traversant actuellement Ormuz seraient liés à la compagnie.
En clair : Ormuz est l’étroit passage maritime que doit traverser la majeure partie du brut du Golfe pour atteindre ses acheteurs, dont beaucoup se trouvent en Asie. Lorsqu’un seul armateur assure une telle part du trafic, un différend impliquant cette seule compagnie touche une large part des barils en circulation. C’est pourquoi un avis visant un seul armateur est lu comme une affaire de flux maritimes plutôt que comme une affaire d’entreprise.
Séoul conteste la propriété, Téhéran n’a pas précisé la nature des poursuites
L’Association des armateurs coréens a déclaré mercredi que les navires concernés n’appartiennent pas à Sinokor mais sont sous-affrétés à une compagnie pétrolière étrangère, et qu’aucune personne à bord n’est de nationalité sud-coréenne ; les équipages sont entièrement composés de marins étrangers, a rapporté Marine Insight. L’association a indiqué avoir vérifié ces informations auprès d’un responsable de Sinokor, et que la compagnie n’avait pas eu connaissance de l’avertissement et examinait la question. Sinokor n’a pas répondu dans l’immédiat à une demande de commentaire, a rapporté gCaptain, citant Bloomberg.
L’avertissement ne vise pas que l’armateur. Les propriétaires de cargaisons, d’autres parties prenantes et les assureurs sont tous cités dans l’avis de l’autorité, publié sur les réseaux sociaux.
L’Iran a resserré son emprise sur cette voie navigable depuis les frappes aériennes américaines et israéliennes du 28 février, restreignant le passage pour faire pression sur Washington et perturbant les flux vers les acheteurs asiatiques, selon Marine Insight. Certaines cargaisons du Golfe sont passées à des transits clandestins, au cours desquels un pétrolier coupe son signal de suivi. Les États-Unis, de leur côté, ont imposé un blocus au transport maritime lié à l’Iran, et le Commandement central a rejeté mardi la revendication de la marine des Gardiens de la révolution (IRGC Navy) sur le contrôle du détroit, répétant que plus de 1,5 milliard de barils de brut et plus de 3 000 navires commerciaux y sont passés depuis l’été.
J’ai passé en revue les quatre articles consacrés à ce sujet, et aucun ne fait état d’une variation du prix du brut liée à l’avis, ni d’une confirmation de ce qu’impliquent les poursuites annoncées. Splash247 évoque une action de grande ampleur contre la flotte ; l’autorité elle-même n’en a pas dit davantage.
À surveiller
- 1er novembre Date à laquelle, selon l’autorité iranienne du détroit du golfe Persique, débutent les poursuites contre tous les navires liés à Sinokor
